« Une vraie dynamique »

Interview tirée de l’Est Républicain, reccueillie à l’occasion de l’assemblée générale de la FFJDA à Vittel

Présent dans la cité thermale lorraine ce week-end, Jean-Luc Rougé dresse l’état des lieux d’un judo français qui respire la santé. Et qui aborde deux années majeures avec les Mondiaux à Bercy en août et les Jeux Olympiques de Londres en 2012…..

Jean-Luc Rougé : « Si on faisait la sélection pour les JO aujourd’hui, on serait qualifiés dans toutes les catégories. »

Il a été le premier français à monter sur le toit du monde. C’était en 1975 à Vienne et en décrochant l’or en -93 kilos, Jean-Luc Rougé avait ouvert la voie aux judokas français, une voie dans laquelle ils allaient s’engouffrer… Vingt-six ans plus tard, Jean-Luc Rougé a troqué le kimono pour le costume. Président de la fédération depuis 2005, il était à Vittel ces trois derniers jours pour les assises et l’assemblée générale de la fédération. Rencontre.

Jean-Luc Rougé, le judo français n’a jamais eu autant de licenciés (587.000, en hausse de plus de 5000 par rapport à l’année passée à la même époque), les comptes sont au vert et les résultats internationaux sont au rendez-vous… Est-ce qu’on peut dire que le judo français traverse son âge d’or ?

Je ne sais pas si on peut dire ça, mais c’est vrai que le judo français se porte très bien. On travaille dans le domaine de l’enseignement, on a progressé dans notre filière de formation, on a mis en place des outils modernes de communication (NDLR : avec notamment la création de Judo TV sur le site fédéral)… On a une vraie dynamique.

Après le football, le tennis et l’équitation, le judo est le quatrième sport français en terme de licenciés. Comment expliquez-vous ce succès ?

On ne l’explique pas beaucoup, mais on essaie de se développer sans se poser de questions. On est présents dans 5.500 clubs, on a une bonne réputation qui fait que les parents n’hésitent pas à nous envoyer leurs enfants faire du judo. On est une école sportive qui dépasse le cadre du club. Même Fabien Pelous (ancien capitaine du XV de France) est venu nous voir cette semaine pour commencer le judo. On est un sport complémentaire.

Pour se rapprocher des 600.000 licenciés, on imagine que l’organisation des Mondiaux à Bercy du 23 au 28 août peut être un vrai plus…

C’est vrai qu’on espère qu’ils susciteront de l’engouement. C’est la première fois qu’on accueille les Mondiaux depuis 1997. C’est un gros événement qui cimente les équipes. Il y a une grosse mobilisation des clubs de France pour venir. Alors que Bercy ne se remplit pas comme ça, on est déjà complet le samedi et le dimanche. Ca prend petit à petit de l’ampleur, et avec Lucie Décosse et Teddy Riner, on a deux beaux champions…

« Les Mondiaux ne seront pas une répétition générale avant les Jeux »A l’instar de David Douillet il y a quelques années, vous avez en Teddy Riner une belle locomotive pour le judo…

Oui, mais n’oublions surtout pas Lucie Décosse. Elle a un niveau technique et une plus grande maturité. Elle est double championne du monde et a raté l’or olympique à Pékin pour quelques secondes. Elle est extraordinaire et gentille, comme Teddy d’ailleurs. Ce sont nos deux leaders. Même si derrière, on a une équipe mixte qui marie bien les jeunes et les anciens.

A un peu plus d’un an des JO de Londres (du 27 juillet au 12 août), vous pensez que les Mondiaux seront une répétition générale ?

Même pas. Les deux compétitions sont complètement différentes. Aux Mondiaux, il y a deux engagés par catégorie de poids alors qu’aux JO, il n’y en a qu’un. Quand on avait fait acte de candidature pour l’organisation des Mondiaux il y a cinq-six ans, les huit premiers étaient qualifiés pour les JO. Je m’étais dit que cela pouvait qualifier plus de personnes pour les Jeux puisqu’on fait généralement plus de médailles à la maison. Aujourd’hui, cela donne simplement des points et il n’y a pas de qualification directe. Mais on n’a pas trop d’inquiétude. Si on faisait la sélection aujourd’hui, on serait qualifiés dans toutes les catégories.

« Le haut niveau, c’est 5% de mon temps »Même si les Jeux de Londres sont encore loin, est-ce que vous tablez déjà sur un certain nombre de médailles ?

Non, non… En tant qu’ancien compétiteur, je sais qu’il y a beaucoup de paramètres qui peuvent jouer, un tirage pas très bon, un adversaire qui est sa bête noire, un arbitrage juste comme il faut pas… C’est tellement aléatoire. On a un potentiel pour faire cinq médailles à Londres. Mais en général, on divise par deux, alors… Disons que trois ou quatre médailles, ce serait bien (NDLR : à Pékin, la France avait décroché quatre médailles, mais aucune en or).

Vous avez annoncé que vous vous représenteriez pour un troisième mandat l’an prochain. Quel que soit le bilan de l’équipe de France aux JO de Londres ?

Oui, bien sûr. On a prouvé que l’équipe était à un haut niveau sportif mais tout le reste marche bien. Pour un président, le haut niveau ne représente pas l’essentiel du travail qui est plutôt du fait de la DTN avec la vice-présidence sportive… Comme j’ai eu la chance d’être champion, j’essaie d’impulser quand même un peu. Mais le haut niveau, ça représente 5% de mon temps.

Propos recueillis par Anthony GUILLE

voir l’original

voir l’article sur le même sujet sur le site de l’équipe.fr